Josette Pasquier, 90 ans de souvenirs

autre langue - otro idioma : Español (Espagnol)

Née le 22 avril 1936, Josette Pasquier vient de fêter ses 90 ans. À l’occasion de cet anniversaire, son neveu Guy Pasquier, président de l’association Savoie Argentine, est venu lui offrir un bouquet de fleurs et recueillir quelques souvenirs d’une vie riche en rencontres, en voyages et en histoires.

Derrière son sourire et son regard encore pétillant, Josette déroule avec émotion le fil d’une époque aujourd’hui disparue : celle des bals de campagne, des voyages en car ou en bateau, des grandes tablées familiales et d’une solidarité simple et naturelle qu’elle a portée jusqu’en Argentine. Une vie marquée aussi par de profondes épreuves familiales, traversées avec courage et discrétion dès les premières années de sa vie d’adulte, sans jamais perdre sa générosité ni son attachement aux autres.

Des origines italiennes, mais « avant tout Français »

Josette est née dans les Hautes-Alpes, dans le Valgaudemar, au pied des montagnes qu’elle parcourait déjà enfant. Son nom de jeune fille est Négro, une famille d’origine italienne. Son père, originaire de Nice, avait travaillé étant jeune au célèbre hôtel Negresco.
Elle raconte avec fierté l’attachement de sa famille à la France. Son grand-père, Italien d’origine, avait combattu pour la France durant la guerre de 1914. Son père fera lui aussi la guerre de 1940.
« On savait qu’on était d’origine italienne, mais avant tout on était français », résume-t-elle simplement.
Cette double culture, entre Italie et France, restera toute sa vie une richesse et une ouverture vers les autres.

Le temps des bals, du cinéma et de la Traction

Quand Josette évoque sa jeunesse, c’est tout un monde qui ressurgit. À l’époque, les distractions étaient simples, mais précieuses.
Elle se souvient des bals de campagne où les jeunes se retrouvaient le dimanche. C’est d’ailleurs dans un bal qu’elle rencontre son futur mari, René Pasquier, originaire de Bellevaux.
« C’était ce qu’il y avait de mieux à l’époque », raconte-t-elle avec amusement.

Le cinéma était plus rare, presque exceptionnel. Elle se rappelle encore du premier film qui l’a marquée : L’Ange Bleu, vu vers l’âge de vingt ans.
La cigarette faisait aussi partie du quotidien. Josette fumait des Craven A, des cigarettes anglaises douces. Avec sa sœur, elles allaient discrètement fumer dans le jardin, jamais à l’intérieur de la maison.

Puis viennent les souvenirs automobiles. Après une Peugeot achetée grâce à son travail chez Peugeot à Cluses, la famille possédera une Citroën Traction 11 BL.
« Elle était belle, cette voiture », dit-elle encore avec tendresse.
À l’époque, posséder une voiture représentait déjà une certaine réussite.

La guerre et les souvenirs d’Oradour-sur-Glane

Josette a grandi durant la guerre. Elle se souvient particulièrement du Massacre d’Oradour-sur-Glane et surtout de la visite des ruines quelques années plus tard.
Le souvenir l’a profondément marquée : les carcasses de voitures encore visibles dans les garages, les maisons détruites, le silence du village.
« C’était glaçant », dit-elle simplement.
À travers ses souvenirs, c’est aussi toute une génération qui réapparaît : celle qui a connu les privations, mais aussi une forte solidarité.

Une autre époque avec les curés et la religion

Josette parle longuement de la religion autrefois, sans nostalgie excessive mais avec beaucoup de tendresse.
À Bellevaux, les réunions de catéchisme étaient aussi des moments de fête. Après les rencontres religieuses, tout le monde partageait un repas, un gâteau ou quelques verres avant de danser ensemble.
« Les curés dansaient mieux que nous », dit-elle en riant.

Elle garde le souvenir d’une ambiance saine et fraternelle :
« On se sentait comme des frères. »
Elle rappelle aussi le rôle des prêtres dans les villages et chez les migrants partis en Argentine. Souvent, ce sont eux qui apprenaient à lire et à écrire aux enfants, en même temps que le catéchisme.

Pour Josette, la religion était surtout un lien humain et social. En Ardèche, elle raconte même être allée aussi bien à la messe catholique qu’au temple protestant :
« C’est toujours pour Dieu », résume-t-elle.

L’Argentine, les cousins et les fêtes sans fin

C’est grâce à Joseph Converset et aux habitants de Bellevaux que Josette découvre l’Argentine. Elle part plusieurs fois à la rencontre des descendants savoyards installés là-bas.
Très vite, elle tombe amoureuse du pays. Ce qui la marque avant tout, c’est l’accueil : « On a été reçus comme des rois. »

Les Français étaient accueillis dans les familles, rarement à l’hôtel. Les repas devenaient de véritables fêtes populaires autour des grands asados, ces immenses barbecues argentins où chacun apportait quelque chose : vin, desserts, viande ou musique.
Pour Josette, ces rassemblements étaient bien plus que des repas. Ils représentaient la solidarité des premiers migrants qui, arrivés sans rien, avaient dû s’entraider pour survivre.
Elle garde aussi le souvenir des gauchos, des chevaux, des grands espaces et des soirées interminables où tout le monde chantait et discutait ensemble.

Josette_005_24 avril 2026
Toujours donner à manger la main bien ouverte
Les chevaux, une passion de toujours

Josette a toujours aimé les chevaux. En Argentine, elle monte parfois à deux sur les chevaux des gauchos et découvre les grandes chevauchées dans les plaines.
Mais ce qu’elle aime surtout, c’est le contact avec l’animal. Elle raconte avec fierté qu’elle n’a « jamais été mordue ». Son secret : toujours donner à manger la main bien ouverte.
Lors de l’entretien, elle mime encore ce geste avec délicatesse, comme si elle tendait une friandise à un cheval invisible.

Une complicité forte avec Cécile Hugon

Parmi tous les souvenirs argentins revient souvent le nom de Cécile Hugon, avec qui Josette partagea plusieurs voyages.
Toutes deux étaient souvent logées ensemble chez les familles argentines et avaient développé une belle complicité. Elles s’échappaient parfois discrètement pour aller visiter une ville ou chercher un coiffeur, histoire de souffler un peu entre deux réceptions officielles.

« On s’est bien entendu », dit-elle simplement.

Les deux femmes ont partagé les longs trajets en bus argentins, les découvertes, les éclats de rire et les grands moments d’émotion.

Au téléphone avec Cécile Hugon
Quelques souvenirs de Paris

Josette a aussi connu Paris, où vivaient certains membres de sa famille. Elle garde le souvenir d’une ville fatigante mais fascinante.
Elle raconte les repas entre Savoyards, les promenades à Montmartre, les spectacles au Moulin Rouge puis aux Folies Bergère.
Mais Paris restait pour elle un lieu de passage.
« J’aimais bien, mais je n’y resterais pas. C’est trop bruyant », dit-elle avec franchise.

« On a toujours quelque chose à apprendre des autres »

À 90 ans, Josette Pasquier garde intacte sa curiosité pour les gens et pour la vie. Entre Bellevaux, Cluses, Paris et l’Argentine, elle aura traversé les décennies avec simplicité, humour et générosité.
Son plus beau souvenir d’Argentine reste sans hésiter la chaleur humaine :
« On croit qu’on est les seuls sur la planète, mais ce n’est pas vrai. On a à apprendre beaucoup de choses des autres. »
Une phrase qui résume parfaitement toute une vie.

Vues/Visitas : 212