GUY – San José, la francophonie comme moteur

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Guy n’a pas découvert l’Argentine par une histoire familiale racontée au coin du feu…

Il y est arrivé presque “par hasard”, il y a un peu plus de vingt ans, par l’intermédiaire de Cécile Hugon, figure connue des réseaux généalogiques liés à Bellevaux. « C’est elle qui m’a sollicité, qui m’a fait entrer », résume-t-il simplement.
A cette époque, Guy ne connaît pas encore vraiment l’histoire des Savoyards partis en Argentine. Il la découvre progressivement, à travers la généalogie et les premiers échanges centrés sur San Carlos, où de nombreuses familles originaires de Bellevaux avaient essaimé.
Guy, impliqué depuis longtemps dans les milieux généalogiques, comprend vite que l’Argentine n’est pas seulement un “chapitre d’histoire”, c’est aussi une mémoire vivante, portée par des descendants qui parfois cherchent encore leurs racines.

Une première rencontre marquante

Lors de ses premiers voyages, Guy retrouve ce que beaucoup décrivent après une première immersion : une vie plus simple, une façon d’accueillir et de partager qui rappelle, dit-il, « ce qu’on a connu chez nous il y a cinquante ou soixante ans ».
Mais ce qui le frappe le plus, c’est ce mélange d’évidence et d’émotion : des noms savoyards partout, sur les tombes, dans les familles, dans les récits, et parfois même des ressemblances physiques.
« Tant que tu n’es pas allé là-bas, c’est très difficile à expliquer », insiste-t-il. L’expérience dépasse les mots : elle s’imprime.

Président “par défaut”, mais engagé par conviction

Quand Guy accepte la présidence, il le dit sans détour. Il ne s’imaginait pas forcément à ce poste. Il se décrit comme quelqu’un d’actif, très occupé, qui ne revendique pas le rôle pour lui-même. Mais il y tient pour une raison essentielle : le respect dû aux anciens, à ceux qui ont construit ces liens avec peu de moyens, et la conviction que l’histoire de l’émigration savoyarde reste d’actualité.
Il sait aussi que la vie d’une association repose sur une idée simple : avancer ensemble, s’appuyer sur les compétences, ouvrir la porte aux bonnes volontés. Et surtout, renouer avec une évidence : pour que le lien vive, il faut du contact réel, pas seulement des échanges à distance.

Novembre 2025 : “mettre des visages sur des noms”
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Le voyage de novembre 2025 a donc un objectif très concret : aller sur place, rencontrer les responsables des centres, partager du temps avec eux, comprendre leur réalité quotidienne et renforcer une relation plus régulière, plus transparente.
Ce voyage lui permet de confirmer une chose : les centres ont besoin d’un lien direct, et l’association en France a besoin, elle aussi, de comprendre, d’écouter, de voir, pour parler juste.

San José : une réussite qui force l’admiration

Parmi les étapes, San José a impressionné Guy. Il connaissait l’existence du projet éducatif, mais le découvrir sur place donne toute la mesure de ce qui a été construit.
L’association locale est né en 1989.
Quatre ans plus tard, en 1993, elle lance une école maternelle bilingue français-espagnol, officiellement reconnue par les autorités éducatives argentines.
30 ans après, ce projet est devenu une réalité solide : environ 70 enfants dans plusieurs salles de classe, des postes d’enseignants reconnus, une structure qui s’inscrit pleinement dans la vie locale.

Guy insiste sur un point clé : l’intérêt de ce système n’est pas seulement scolaire, il fait vivre la francophonie au quotidien, et offre à l’association une place centrale dans la ville. Les parents d’élèves participent, s’impliquent, découvrent la culture franco-argentine, et deviennent, eux aussi, des relais.
Un moment symbolique a particulièrement touché les quatre visiteurs : l’accueil des enfants par des chants interprétés en français. « Ce fut très, très touchant », murmure Guy.

Des femmes qui portent le centre savoyard

Guy rend hommage à celles et ceux qui ont porté ce projet sur la durée. Il cite notamment l’ancienne présidente Rosa (restée engagée comme vice-présidente), qu’il décrit comme une femme ayant donné une part importante de sa vie à cette association.
La relève, elle aussi, lui paraît solide : la nouvelle présidente, Laetitia, est francophone, dynamique, et pleinement investie. Le couple qu’elle forme avec Jean-Luc Cetour-Cave, ancien policier originaire de la région de Thonon, illustre cette passerelle vivante entre les deux rives. Leur accueil, simple et chaleureux, dit beaucoup de l’esprit local : « on reçoit d’abord avec le cœur ».
L’association ne reste pas figée : elle agrandit ses projets, développe une crèche pour les plus petits, construit de nouveaux espaces, et organise désormais des événements ouverts à toute la ville, comme un marché de Noël. Pour Guy, San José montre ce qu’un centre culturel peut devenir lorsqu’il s’ancre dans la population et qu’il fait de la langue un projet commun.

Communication et transparence : un pas décisif

Un autre changement majeur, aux yeux de Guy, concerne la communication. Avant ce voyage, il avait parfois le sentiment que les actions des centres étaient mal connues en France : peu de retours, peu d’échanges structurés, et donc une difficulté à expliquer aux adhérents l’usage concret des aides.
Depuis la visite, les choses évoluent : documents, projets, budgets, priorités… Les informations remontent mieux, et la relation devient plus régulière. Pour Guy, cette transparence est essentielle. Elle permet d’associer les adhérents, de rendre l’action lisible, et de donner du sens à la solidarité.

La francophonie, un axe d’avenir

C’est avec lucidité que Guy conçoit que la francophonie n’est pas seulement une belle idée. C’est un axe stratégique, susceptible d’ouvrir des portes et des soutiens. Il souhaite obtenir des financements liés à la promotion de la langue française, ce qui lui semble légitime quand on paie des enseignants et qu’on contribue, concrètement, à faire vivre le français.
Mais au-delà du mercantilisme, Guy retient surtout l’essentiel : « l’attachement profond des Argentins à leurs racines savoyardes« . Un attachement parfois plus visible, plus nourri, plus assumé que du côté français. « Ils ont besoin de ces racines », observe-t-il.

C’est en quelques mots que Guy résume sa priorité : « aller sur place, rencontrer, partager un verre, discuter, connaître. Parce qu’un lien ne se décrète pas, il se construit avec du temps, des visages, et de la confiance« .
San José apparaît comme un modèle de ce que peut produire une association quand elle devient une force locale avec un projet collectif.

Ce n'est qu'un au revoir
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