Denise – Concordia et sa famille

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Pour Denise, l’Argentine n’est pas une découverte récente. Son histoire avec ce pays commence bien avant son engagement au sein de l’association Savoie-Argentine.

Une mémoire qui remonte aux années 1970

Au début de ces années 70, Denise n’a pas encore ses 18 ans et vit aux Gets, un village déjà sensible à l’histoire de l’émigration savoyarde vers l’Argentine.
À cette époque, un événement marque durablement les esprits : la visite d’un jeune prêtre argentin, en route vers le Vatican, dont la mère appartenait à la famille Anthonioz.
Arrivé aux Gets, il demande à voir « la maison de ses ancêtres ». Le maire l’accompagne dans cette visite, immortalisée par une photographie encore visible aujourd’hui.
Le prêtre poursuit ensuite son périple à Bonnevaux et Publier, où d’autres branches de la famille Bel, alliée aux Anthonioz avant l’émigration, se sont installées.

Le jeune prêtre devant la maison de ses ancêtres

Des articles paraissent alors dans « La Vie Getoise », le journal local. L’émigration savoyarde prend soudain un visage, une réalité concrète. Puis, comme souvent, le silence s’installe pendant de longues années. Ce n’est qu’en 1990 que naît officiellement l’association Savoie-Argentine, près de vingt ans après cette première prise de conscience collective.

Le groupe Facebook des Anthonioz, point de bascule

Bien avant d’adhérer à l’association, Denise s’investit dans une aventure familiale déterminante. Vincent Anthonioz, aujourd’hui colonel à Paris, crée un groupe Facebook destiné à rassembler les descendants de la famille Anthonioz, quelque soit le lieu où ils vivent.
Le succès est immédiat. Près de 250 personnes rejoignent le groupe, majoritairement originaires des Gets, mais aussi d’autres régions de France. Denise devient rapidement très active. Puis, peu à peu, des cousins argentins apparaissent, d’abord discrets, observateurs, souvent freinés par la langue.

Origine de la famille Anthonioz-Blanc en Argentine

Un jour, Denise décide de leur écrire en espagnol, « Cousins argentins, n’hésitez pas à nous écrire, même en espagnol, on traduira. » La réaction est immédiate. Les échanges s’intensifient, les photos affluent, les récits de vie s’entrecroisent. Très vite, ce sont même les Argentins qui deviennent les plus actifs du groupe.
Denise passe des heures à traduire, à comprendre, à relier les histoires. Elle mesure alors l’ampleur de cette diaspora et la force du lien encore vivant.

L’entrée dans l’association

C’est par ce travail que Denise attire l’attention de Jacques Grandchamp, alors maire de Publier et vice-président actif de Savoie-Argentine par, entre autres, la rédaction de la revue de l’association « Hasta Luego ».
Lui-même lié par alliance à la famille Anthonioz, il suit les échanges, découvre l’ampleur du travail accompli et encourage Denise à s’engager plus largement.

Lorsqu’elle s’installe à Publier, au bord du lac, les échanges reprennent naturellement. En 2023, à l’automne, Denise entre directement au bureau de l’association comme trésorière adjointe, aux côtés de Guy, nouveau président, et de François et Chantal, ses 3 compagnons de voyage. Elle ne connaissait alors presque personne dans l’association, mais son engagement et sa connaissance des familles s’imposent d’évidence.

A l’exposition Savoie-Argentine aux Gets, organisée par Denise Marie
A l’exposition Savoie-Argentine aux Gets, organisée par Denise Marie
Comprendre le présent, pas seulement le passé

Ce qui anime Denise dépasse la seule généalogie. Elle s’interroge surtout sur le présent : Que deviennent les descendants ? Où vivent-ils ? Comment vivent-ils ?

Son regard se tourne rapidement vers ce qu’elle appelle « le miroir ». Les mêmes familles existent des deux côtés de l’Atlantique. Il ne s’agit plus seulement de mémoire, mais de rencontres, de compréhension mutuelle, de liens à reconstruire.
Avec méthode, Denise dresse sa petite liste des migrants savoyards rattachés, d’une manière ou d’une autre, aux Gets. Elle identifie ainsi une quinzaine de familles dont les descendants vivent aujourd’hui en Argentine : Bochaton, Berthet, Chamot, Violaz, Ducret, Mudry, Favre-Victoire, Brelaz, Bondaz, Meynet, Munier, Bergoen, Coppel, Martin… et des Anthonioz-Blanc et Rossiaux bien-sur.
Sur place, elle retrouve ces noms sur les enseignes, dans les cimetières, dans les archives municipales, parfois dans les musées. Certaines familles ont connu une réussite marquante : entreprises, responsabilités politiques locales, commerces toujours actifs…
Les liens deviennent évidents, même lorsque les degrés de parenté précis restent difficiles à établir. Mais rien ne l’arrête, son expertise en anthroponymie (étude de la naissance et de l’origine des noms) la stimule continuellement.

Après des générations, le début des retrouvailles à Concordia
Le voyage de novembre 2025

Lorsque le nouveau bureau propose un déplacement en Argentine, Denise accepte sans hésiter. Elle est l’une des rares du bureau à ne jamais y être allée. Son objectif est clair : rencontrer les personnes, mettre des visages sur des noms, comprendre leur quotidien et repérer les personnes aptes à poursuivre un lien permanent avec l’association Savoie Argentine.

Dès l’arrivée à Buenos Aires, plusieurs cousines Anthonioz-Blanc viennent les accueillir. L’émotion est forte, des mois d’échanges virtuels prennent soudain une dimension humaine. À Concordia, puis à Calabacilla, Denise découvre les terres historiques des pionniers Anthonioz. Des lieux chargés d’histoire et de symboles rattachés à sa famille.

Concordia : le défi de la grande ville

À Concordia, Denise mesure une autre réalité de l’émigration savoyarde. Avec près de 200 000 habitants, la ville concentre de nombreuses familles d’origine savoyarde, mais dans un espace urbain où les liens sont plus diffus.

Elle y retrouve les Anthonioz, une famille importante dont elle a pu reconstituer une partie de l’histoire. Les racines sont bien présentes, mais la dynamique collective est plus difficile à faire vivre. « Dans une grande ville, les gens sont éparpillés. Ils n’ont plus forcément le même besoin de se rassembler autour de leurs origines » constate Denise.
Contrairement aux petites communes, où les associations structurent la vie locale, Concordia fonctionne autrement. Les descendants ont trouvé leur place dans un environnement urbain plus vaste, parfois plus anonyme. Le lien savoyard existe encore, mais il demande d’autres formes d’engagement pour se maintenir.

Pour Denise, ce constat est lucide, sans nostalgie ni jugement. Recréer une dynamique associative dans une ville de cette taille nécessite du temps, de l’énergie et une approche différente.
Mais Denise n’est pas fille à baisser les bras. Elle compte bien réussir à développer ce nouveau terrain de prospection qu’est Concordia.

Des racines toujours vivantes

Ce qui frappe le plus Denise, comme tous les membres de la délégation, c’est l’attachement profond des Argentins à leurs racines. « Ils sont parfois plus Savoyards que nous. »
Ces liens nourrissent aujourd’hui une communication plus fluide entre les centres et l’association en France. Les échanges deviennent plus réguliers, les projets mieux compris, la transparence renforcée.

Une mission accomplie

Pour Denise, ce voyage était essentiel. Elle voulait rencontrer, comprendre, partager et repérer. Aujourd’hui, elle poursuit son travail de lien pour amplifier les échanges familiaux et associatifs.
Grâce à des personnes comme elle, les Anthonioz des Gets et ceux d’Argentine ne sont plus séparés par 150 ans d’histoire et 11 000 kilomètres. Ils redeviennent, peu à peu, une seule et même famille.
Un travail qu’elle souhaite poursuivre pour tous les membres présents et futurs de l’association.

Madame la Marquise !
Ce 5 décembre 2025, Denise-Marie et ses collègues, ont répondu présents à l’invitation d’Alliance France au cœur de Concordia.
Remise de diplômes, suivit de la chorale d’Horacio qui a chanté en français.
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