François : un engagement sans racines familiales

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Contrairement à beaucoup de membres de l’association Savoie-Argentine, François n’a aucune racine familiale en Argentine. Son lien avec ce pays ne vient pas d’un arbre généalogique, mais d’une rencontre humaine et d’une curiosité née en altitude.

Une découverte née de la montagne

En 2008, au sommet de l’Aconcagua, point culminant des Amériques, François se trouve aux côtés de Dominique Buttay. Habitué à parcourir la montagne avec ses amis savoyards Dominique Buttay, Michel Viollaz et Alain Hiver, François sait que 2 d’entre eux ont leur famille qui a émigré en Argentine au XIXᵉ siècle. Là-haut, avec Dominique, l’idée germe : « Quand on est redescendu, on s’est dit qu’il fallait aller voir ces gens qui étaient partis. »
François connaissait déjà l’existence de cette émigration, notamment par ses lectures sur les Savoyards partis outre-Atlantique. L’intérêt n’était pas familial, mais historique et humain : comprendre pourquoi tant de familles avaient quitté leur vallée.
François, avait déjà lu le livre du père Claude Chatelain consacré aux émigrés savoyards. Il savait que des habitants de Bernex avaient quitté leur terre natale. L’intérêt était là : comprendre cette émigration et les raisons qui ont poussé tant de Savoyards à partir.

Bernex et sa dent d'Oche
Comprendre pourquoi ils sont partis

Les histoires transmises par les anciens, mettent en lumière un contexte rude. Dans les années 1840, les hivers sont terribles, les familles nombreuses, parfois dix à douze enfants, et les ressources limitées et même une avalanche descendue jusqu’aux maisons reste encore dans les mémoires. À Bernex et dans les villages alentour, l’émigration devient une issue.
L’Argentine apparaît alors comme une terre de promesses. Pour François, cette histoire collective donne du sens à son engagement futur : « Je n’ai pas de famille là-bas, mais je peux participer. »

François et amis à la conquête de l’Aconcagua

Le voyage de l'évidence

En 2015, François repart en Argentine avec ses compagnons. Sur place, les rencontres sont déterminantes. À Villa Elisa, il découvre les cimetières remplis de noms savoyards, rencontre Raymond Chevalay qui le présente à Martha Bilche, responsable du centre savoyard, et de nombreux descendants d’émigrés.
L’accueil est chaleureux, sincère, immédiat. Ce voyage agit comme un déclencheur. François rejoint l’association Savoie-Argentine presque naturellement, sans calcul, simplement parce qu’il sent qu’il y a là quelque chose à faire.

Un engagement discret mais essentiel

De retour en France, François s’implique rapidement dans l’association. Il prend plaisir aux tâches concrètes : organisation de repas, logistique, expositions, fabrication de chevalets, soutien technique. Sans l’avoir vraiment cherché, il entre au bureau, pour en devenir rapidement vice-président.
Son rôle est clair : faire, aider, soutenir. « Je suis venu pour rendre service. Maintenant que j’y suis, il faut bien faire ce qu’il y a à faire. »
Dans l’association, chacun apporte ce qu’il sait faire. François agit dans l’ombre, avec pragmatisme, au service du collectif.

Novembre 2025 : retour en Argentine

Dix ans après son premier voyage, François repart en Argentine avec Guy, Chantal et Denise. L’objectif est simple, aller à la rencontre des centres culturels soutenus par l’association et resserrer les liens.
À San Carlos Norte, l’accueil est particulièrement marquant. La délégation est hébergée chez Maria-Luisa, présidente du centre culturel, épouse de Cassini, grand fromager de la région. Tous vivent ensemble, comme en famille. « Ils ont fait le maximum pour qu’on soit reçus comme des princes » prends plaisir à dire François.

San Carlos Norte, un centre au cœur de la vie locale
Le Centre Savoyard de San Carlos
Fanfoué des Pnottas se promène dans la bibliothèque de San Carlos

San Carlos Norte est la plus petite des trois communes de San Carlos, avec environ mille habitants. Le centre culturel y joue un rôle central, c’est pratiquement la seule salle communale, utilisée pour les fêtes, réunions familiales, célébrations et événements associatifs.
Le bâtiment est modeste, mais il a sa propre bibliothèque avec beaucoup d’ouvrages en français. L’association Savoie-Argentine a apporté un soutien financier pour permettre des travaux indispensables. « C’est le centre qui a le moins de moyens, mais probablement celui qui en a le plus besoin. » semble justifier François.

Des moments forts et symboliques

Lors de la visite, une messe en plein air est organisée pour la fête de la médaille miraculeuse. François a apporté de France, des médailles venues de la chapelle parisienne, offertes par sa sœur. Il en remet à Maria-Luisa Rey, descendante de Bellevaux, présidente du Centre.
Un autre instant le touche profondément quand il voit tous les membres du centre porter des tee-shirts, écussonnés « Bellevaux », offerts par Isabelle et Roger Meynet de Bellevaux. Ce dernier est le frère de son ancien apprenti en cuisine. Un lien inattendu, presque intime, entre Bellevaux et San Carlos Norte.
Puis vient l’asado, le grand repas traditionnel argentin. Le centre dispose d’installations capables d’accueillir une centaine de personnes. Tous les bénévoles sont présents. « Ils se sont pliés en quatre pour nous recevoir » reconnait François.

Une autre échelle, une autre réalité

François découvre aussi l’exploitation fromagère et la ferme de Cassini : 3 500 vaches, une production industrielle impressionnante, très éloignée des fermes de montagne savoyardes. Une autre échelle, une autre économie, mais toujours le même attachement aux racines.
Il photographie également les tombes des cimetières de San Carlos et de San José. Les noms savoyards s’alignent : Ducret, Bouvet, Meynet, Vernaz, Coffy, Favre…
« Quand tu montres ça en exposition, les gens comprennent tout de suite » se glorifie François.

Un attachement plus fort là-bas qu’ici

Ce voyage confirme à François une conviction profonde : les descendants d’émigrés en Argentine ont conservé un lien aux racines savoyardes parfois plus fort que celui des Français eux-mêmes.
Quand, comme à San José, des enfants chantent Les Allobroges ou La Marseillaise, l’émotion est immédiate. La francophonie est vivante, transmise, incarnée.

Un engagement sans racines, mais durable

François n’est pas allé en Argentine pour retrouver une famille. Il y est allé pour comprendre, soutenir, participer. Et il y a trouvé une humanité rare, une générosité sincère, une reconnaissance profonde qui lui font dire :

« N’importe qui peut aller là-bas. On sera toujours bien reçu. »

Son parcours rappelle que l’histoire de Savoie-Argentine ne se limite pas aux liens du sang. Elle vit aussi grâce à celles et ceux qui s’engagent simplement, avec constance, humilité et cœur.

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