De la fiction à la mémoire

autre langue - otro idioma : Español (Espagnol)

Les descendants confirment les vrais noms et l’histoire authentique derrière le récit fictif du père Chatelain.
Par María Luisa Rey

Lorsque la saison du Carême commence, je suis inévitablement transporté dans le village de mes ancêtres savoyards, les « Bellevaux » du milieu du XIXe siècle, essayant de me situer dans le contexte du début de ce Carême où deux frères furent expulsés de leur domicile pour avoir commis un méfait…

La tradition orale des habitants de Bellevaux raconte que les frères Xavier et Vincent Rey furent chassés de la maison par le père sévère et intransigeant Joseph Rey. Des événements que le père Claude Chatelain savait recréer dans le roman « Nos Cousins », les Savoyards des Pampas

C’était le mardi gras (mardi gras). Xavier et Vincent, avec d’autres amis, décidèrent de se déguiser et de sortir s’amuser, effrayant des familles et des jeunes de la ville. Le prêtre, lors de la messe du dimanche, lui avait interdit de le faire. Xavier et Vincent savaient peut-être à quoi ils seraient exposés si leur père et le prêtre l’apprenaient, mais il y avait aussi la possibilité de garder le secret. Mais ce n’était pas le cas. Le lendemain, alors qu’il quittait la messe du mercredi des Cendres, Joseph Rey apprit ce que ses jeunes fils avaient fait. Ils avaient péché en désobéissant au prêtre et n’étaient pas dignes de s’asseoir à sa table !

Les rois étaient de grands croyants et disaient avoir de bonnes valeurs et coutumes. Les membres de toute la famille avaient une grande formation chrétienne. Cette atmosphère de grande religiosité exerça son influence sur le développement spirituel et la formation, où Dieu et la pratique du culte occupaient la première place. Que dirait le grand-oncle, Monseigneur Pierre Joseph Rey, évêque de Pignerol en Piémont puis d’Annecy, Chevalier Grand-Croix, celui qui avait été décoré du Grand Cordon de l’Ordre des Saints Lazare et Maurice, conseiller d’État, et décédé en 1842 ?

Face à la douleur déchirante de leur mère, Mme Julia Cornier, les jeunes quittent leur foyer et cherchent du travail dans les villages voisins ainsi qu’en Suisse. C’est alors qu’ils entrevissèrent la possibilité d’émigrer en Argentine avec d’autres familles savoyardes.

Curieusement, Xavier n’a pas émigré à cette époque. Vincent, 19 ans, et son frère aîné, Julián, 33 ans, l’ont fait. Ils quittèrent le port du Havre à bord d’un voilier appelé El Caldera. Ils arrivèrent à Colonia San Carlos en janvier 1860. En 1861, Joseph Rey mourut à Bellevaux et, cinq ans après l’arrivée de Vicente et Julián à San Carlos (1865), il arriva à Colonia Doña Julia avec le reste de ses enfants : Pedro, María Filomena, Javier, María Josefina et Francisco Rey. De plus, sa fille Luisa Celestina, mariée à Francisco Perrier. À Bellevaux, il ne restait qu’un seul maillon dans cette chaîne de Joseph Rey et Julia Cornier : Julia Rey mariée à Jean Claude Vuagnoux.

À l’exception de Julián, ils vivaient tous dans la partie nord de la Colonia – aujourd’hui San Carlos Norte – sur la même propriété, autrefois appelée « Rey Hermanos ».

Les années ont tissé des histoires… Mais personne n’a jamais parlé de l’épisode triste qui les a éloignés de la maison de Bellevaux. Grâce à cette première réunion en 1984, lorsque le père Baud, Claude Chatelain, René Pasquier et Joseph Converset arrivèrent en novembre chaud à la recherche des descendants de tant de Saboyards qui avaient quitté Chablais à la recherche de cieux plus cléments, de nombreux descendants de Savoyards à San Carlos purent renouer avec nos racines. À partir de ce moment, le courrier ne s’arrêta pas, les distances furent raccourcies et les rencontres successives renforcèrent les liens avec tant de cousins et amis savoyards. Et c’est ainsi que j’ai pu apprendre ce que la tradition orale transmettait du passé et de l’histoire de mes ancêtres. Je regrettais de ne plus avoir la présence physique de mon grand-père pour lui demander s’il savait. Car si les histoires étaient vraies, elles étaient aussi des secrets bien gardés, emprisonnés dans des souvenirs lointains et douloureux du passé qui les embarrassait…

Et je me demande quel est le comportement de Joseph Rey. Sans le juger. Mais : vous êtes-vous déjà demandé ce que Dieu aurait fait à sa place ?

María Luisa Rey, arrière-petite-fille de Javier Rey
Association savoyarde de Colonia San Carlos

Crédits photo : María Luisa Rey
Crédits textuels : María Luisa Rey

Vues/Visitas : 76